Alphonse de Rothschild à l'hôtel de Saint-Florentin Hôtel de La Vrillière ou Hotel de Talleyrand-Périgord

Charles Lansiaux, Hôtel Rothschild, 2 rue Saint-Florentin à Paris, 1er arrondissement, 22,4 x 16,5 cm, 1916, @musée Carnavalet de Paris.

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Acquis par James Mayer de Rothschild en 1838, l'hôtel de Saint-Florentin, construit par Jean-François Thérèse Chalgrin (Paris,1739 - Paris, 1811) sur le plan d'Ange-Jacques Gabriel en 1769, a été la résidence officielle de Louis III Phélypeaux, duc de la Vrillière, comte de Saint-Florentin et secrétaire d'État, l’un des personnages les plus influents du règne de Louis XV. De 1812 à 1838, cette résidence deviendra l'hôtel parisien de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (Paris, 1754 - Paris, 1838), prince de Bénévent. On doit à Alphonse de Rothschild la décision de s'installer dans ce quartier privilégié par l’élite de la politique et de la diplomatie, après son mariage avec Léonora de Rothschild (1837-1911) (la fille de son cousin Lionel), en 1857. Premier fils et héritier de l’empire français des Rothschild, Alphonse de Rothschild  – qui avait reçu une éducation cosmopolite, étudiant l’allemand, l’anglais et l’hébreu, voyageant en Angleterre, en Italie et aux États-Unis –  prendra le contrôle de la banque familiale avec son frère Gustave, à la mort de leur père en 1868.

C'est à cette époque qu'Alphonse fait également rénover cet hôtel en remployant entre autres les décors provenant du pavillons construit à Louvenciennes pour Madame du Barry par Claude Nicolas Ledoux.  C'est aussi dans l'hôtel parisien qu'Alphonse reçoit régulièrement «le monde politique, des lettres et de la finance » et réunit une partie de sa collection d’œuvres d'art.

Un aperçu des collections d'Alphonse à l'hôtel de Saint-Florentin

Considéré comme l’un des principaux collectionneurs de la famille Rothschild dans plusieurs domaines, notamment le mobilier, les arts décoratifs et la peinture du XVIIIe siècle, Alphonse a constitué sa collection, essentiellement entre 1870 et 1895, en privilégiant des chefs d’œuvres de la peinture hollandaise, flamande ou française, et en la partageant entre son hôtel de la rue Saint-Florentin et le château de Ferrières

La répartition des œuvres entre ces deux demeures ne semble pas obéir à des règles strictes (Prevost-Marcihlacy, 2016), bien qu'on remarque que les tableaux français du XVIIIe siècle et les tableaux hollandais – hérités en partie de son père –  se trouvent essentiellement à Paris.

L'attrait pour la peinture hollandaise est notamment souligné par la présence d'un « Salon Rubens » dans l'hôtel de la rue Saint-Florentin. Alphonse y conservait une sélection de ses œuvres les plus prestigieuses : Hélène Fourment au carrosse (1639, Paris, musée du Louvre, acquis par dation en paiement de droits de mutation, 1977), ainsi que l' Hélène Fourment, Rubens et un de leurs enfants (vers 1635, New York, Metropolitan Museum of Art, don de Mme et M.  Charles Wrightsman, en hommage de Sir John Pope-Hennessy, 1981).

 

Salon, hôtel Alphonse de Rothschild, 2, rue Saint-Florentin, Paris :
au mur, Hélène Fourment au carrosse de Pierre Paul Rubens (Paris, musée du Louvre), photographie, collection particulière.

Parmi les très nombreuses œuvres hollandaises ayant appartenues à Alphonse qui se trouvent actuellement dans les institutions françaises figurent d'autres chef-d’œuvres aujourd'hui au musée du Louvre : L’Astronome de Jan Vermeer (1668, dation Guy de Rothschild en paiement des droits de mutation, 1983) et La Buveuse  de Pieter de Hooch (1658, don de Jacqueline Rebecca Louise de Rothschild – Jacqueline Piatigorsky – 1974).

 

 

 

Johannes Vermeer, L’Astronome, 1668, huile sur toile, ancienne, collection Alphonse de Rothschild, dation Guy de Rothschild en paiement des droits de mutation, 1983, Paris, musée du Louvre, département des Peintures,
inv. RF 1983-28.

En ce qui concerne l'art français, plusieurs œuvres se référent au gouvernement des arts à l'époque de Mme de Pompadour. Il suffit d'évoquer, entre autres, La statue L’Amitié sous les traits de madame de Pompadour de Jean-Baptiste Pigalle (1753, Paris, musée du Louvre),  conçue pour le bosquet de l’Amitié du château de Bellevue (Gaborit, 1985), puis mise en scène par l’architecte Eugène Petit dans la salle à manger de l'hôtel de Saint Florentin. L’Amitié offrant son cœur par Étienne Maurice Falconet, terminée en 1765, un an après la mort de la favorite, a également fait partie des collections d’Alphonse qui fut également,  avec son cousin Ferdinand de Rothschild, celui qui posséda le plus grand nombre de porcelaines de Sèvres ayant appartenu à Mme de Pompadour.


Deux tableaux de Jean-Baptiste Greuze faisaient également partie de sa collection : la Simplicité (1759, Fort Worth, Kimbell Art Museum) et le Jeune Berger tenant une fleur (Paris, musée du Petit Palais), commandés par le marquis Marigny pour sa sœur afin d’être placés à Versailles, outre que différents portraits de la marquise de Pompadour : celui de François Boucher (1758), provenant de la collection Bernis et acquis par Alphonse en 1877, et celui de François Hubert Drouais (Madame de Pompadour au manchon, v. 1763).

Alphonse conservait dans sa collections plusieurs œuvres d'Antoine Watteau (Le Lorgneur, acquis en 1715, Le Conteur, 1716, et L’Occupation selon l’âge), ainsi que de Jean-Honoré Fragonard.

Grâce à son intermédiaire, Léon Gauchez, Alphonse va acquérir également des chef-d’œuvres de la peinture anglaise et notamment, en 1872, Master Hare de Joshua Reynolds (1788, legs d'Alphonse de Rothschild au musée du Louvre), l’un des tableaux  les plus célèbres de Reynolds.

Joshua Reynolds, Master Hare, huile sur toile, 1788, don des héritiers d’Alphonse de Rothschild en son nom, 1906, Paris, musée du Louvre, département des Peintures, inv. RF 1580.

À partir de 1885, Alphonse commence à développer de manière systématique son mécénat envers les artistes contemporains. Dans la seule année 1892, plus de cent vingt œuvres seront achetées au Salon des artistes français et à celui de la Société nationale des beaux-arts pour être envoyées dans plus de cinquante musées de province.

En 1895, un an après le début de l’affaire Dreyfus, un attentat sera commis contre lui dans son hôtel de la rue Saint-
Florentin qui le portera à entrer dès lors « dans une quasi-retraite », en se consacrant désormais à ses œuvres d’art, au mécénat en faveur des artistes contemporains qu'il avait initié quelques années auparavant, ainsi qu'à ses œuvres philanthropiques.

L'hôtel de Saint-Florentin après Alphonse de Rothschild

Dans le même hôtel de la rue Saint-Florentin, Béatrice de Rothschild, la seconde fille d’Alphonse et de Léonora de Rothschild (1837-1911), passera ses années de jeunesse et tout comme son père, elle jouera un rôle fondamental dans le mécénat vers les institutions publiques françaises, en cédant notamment la Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Édouard Alphonse James de Rothschild, frère de Béatrice, habitera aussi cet hôtel après son mariage avec Germaine Halphen, en 1905. Il sera l'héritier de la collection paternelle qui appartiendra par la suite à Guy de Rothschild.

Après la Seconde Guerre mondiale, à la mort d’Édouard, l’hôtel fut loué en 1948 par la famille Rothschild au gouvernement des États-Unis, puis vendu aux États-Unis en 1950.

Ce dossier a été réalisé par l'INHA en collaboration avec le bureau du Patrimoine Culturel de l'Ambassade des États-Unis à Paris à l’occasion des journées du patrimoine de 2019 et dans le cadre de son programme Les collections Rothschild dans les institutions  publiques françaises (consulter la page des partenariats liés à ce programme).

Laura de Fuccia, Cheffe de projet, Institut national d'histoire de l'art, 2019

Les pages principales de ce dossier thématique ont été traduites par Candice Nancel, Responsable du Patrimoine Culturel et Marine Robidel son assistante dans le cadre du partenariat institué par l’INHA et le bureau culturel de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris. 

 

Jean-Baptiste Greuze, L'enfant à la colombe, huile sur bois, Douai, musée de la Chartreuse, ancienne collection Alphonse de Rothschild ; Édouard de Rothschild ; Germaine de Rothschild ; Guy de Rothschild ; marché de l'art, Colnaghi ; collection Dino Fabbri ; achat avec participation du Fonds National du Patrimoine, 2005.

En savoir plus

Bibliographie

– Bascou, Marc, « Les héritiers du baron Édouard de Rothschild », dans Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/BNF/Somogy, III, p. 316-325.

– Gaborit,  J. -R. Jean-Baptiste Pigalle, 1714-1785. Sculptures du musée du Louvre, Paris, 1985.

– [Paul Leroi], « Le baron Alphonse », L’Art, 3e S. 1905, n° 5, p. 257-293.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), « Salomon de Rothschild, 1835-1864, et Adèle de Rothschild, 1843-1922 », dans Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/BNF/Somogy, I, 2016 et notamment, dans cette section du volume :

– Hall, Michael, « Le baron James de Rothschild, collectionneur de tableaux anciens », catalogue de l’exposition, Les Rothschild en France au XIXeme siècle, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2012, p. 124-136.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Alphonse de Rothschild », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/Bibliothèque nationale de France/Somogy éditions d'art, 2016, I, p. 118-133.

–  Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Le mécénat envers les artistes vivants en faveur des musées de région, 1895-1905 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, I, p. 135-181.

Alphonse de Rothschild à l'hôtel de Talleyrand