Charlotte de Rothschild Baronne Nathaniel de Rothschild

Paris, 1825 - Paris, 1899

Jean-Léon Gérôme, Portrait de Charlotte de Rothschild, baronne Nathaniel de Rothschild, Paris, musée d'Orsay

Fille de James Mayer et de Betty de Rothschild, Charlotte épouse en 1842 son cousin Nathaniel (1812-1870), de la branche anglaise de la même famille. À partir de cette date, le couple s'installe dans un hôtel particulier, au 40 rue Taitbout à Paris, puis, en 1860, dans l'hôtel de la duchesse Decrès, 33, Faubourg Saint-Honoré. À cette époque, il avait déjà acheté, en 1853, ce qui sera le vignoble Château Mouton Rothschild.

Aquarelliste prolifique, collectionneuse et mécène, Charlotte joue un rôle artistique de premier plan à la fin du siècle. Comme son frère Alphonse de Rothschild, elle sera à l'origine de plusieurs dons aux musées de province et de la capitale. Elle est aussi connue pour ses très nombreux prêts aux expositions nationales et universelles.

En tant qu'aquarelliste, elle sera l'élève de Nélie Jacquemart et d'Hercule Trachel (1820-1872) sous l'influence duquel elle oriente son goût pour la peinture de paysage. Venise deviendra un de ses sujets de prédilection, comme en témoignent ses Barques à l'angle d'un canal sur la lagune de Venise (La Tronche, musée Hébert) ou sa Vue de Venise, acquise par le musée du Luxembourg en 1886. Est aussi à rattacher à ses voyages en Italie l'album Souvenir d'un voyage de Nice à Gênes par la corniche. Vingts trois de mes dessins, eaux fortes de 1869. Charlotte expose régulièrement au Salon à partir de 1864.

Elle hérite une partie de sa collection de son mari et notamment un ensemble important de tableaux de l'école hollandaise, principalement des paysages. Après la mort de Nathaniel, sa collection s'oriente vers la peinture du règne de Louis XIV, la peinture italienne du XVIIIe siècle et les artistes contemporains. Ainsi, quand elle fait réaliser son portrait par Jean-Léon Gérôme (Paris, musée d'Orsay), elle réaffirme son goût en posant entourée avec sa collection de peintures italiennes récemment acquises, comme la Vierge à l'enfant du Maître de Castello (Paris, musée du Louvre).

Parmi ses acquisitions, nous signalons son intérêt pour la peinture de Chardin, dont elle achète vingt œuvres, parmi lesquelles La Récureuse, en 1883. Dans sa collection figuraient aussi dix tableaux de Guardi et l'ensemble des objets du Moyen Âge et de la Renaissance qui ornaient l’abbaye des Vaux-de-Cernay.

Contrairement à ses frères Edmond ou Alphonse, amateurs de peintures de fêtes galantes, Charlotte apprécie notamment les portraits liés à la cour de Louis XV et Madame de Pompadour qui avaient également attiré l'attention de son père James. Ce dernier avait constitué dans le hall du château de Ferrières une sorte de galerie européenne de portraits (on y voyait par exemple la Marquise Geromina Spinola- Doria par Van Dyck ou le Portrait de Lady Spencer de Reynolds).

Parmi ses donations figurent deux cents bijoux et quarante-huit coffres en cuir au musée des Arts décoratifs, sa collection de peinture italienne au musée du Louvre, ses instruments de musique au Conservatoire national supérieur de musique. Dans le lot des manuscrits aujourd'hui conservés au département de la Musique de la Bibliothèque nationale de France, on trouve aussi des manuscrits de Chopin, avec des partitions dont une valse probablement composée pour Charlotte elle-même ou pour sa fille.

Laura de Fuccia, Chef de projet, Institut national d'histoire de l'art

En savoir plus

Bibliographie

– Hall, Michael, « The English Rothschilds », dans G. Heuberger (dir.), The Rothschilds. Essays on the History of a European family, Rochester, NY, Boydell & Brewer, 1994, p. 265-286.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline et Rosenberg, Pierre, « The Rothschild Chardins » dans J. Carey (dir.), Taking Time. Chardin's Boy building a house of cards and other paintings, cat. de l'exp. (Waddeson Manor, 28 mars - 15 juillet 2012), Londres, Paul Holberton Publishing, 2012, p. 24-35.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), « Charlotte de Rothschild, 1825-1899 et Nathaniel de Rothschild, 1812-1870 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/BNF/Somogy, I, 2016 et notamment, dans cette section du volume :

– Forray-Carlier, Anne, « Un ensemble de coffrets en cuir au musée des Arts décoratifs, 1899», dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, I, p. 226-229.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Charlotte et Nathaniel de Rothschild, deux collectionneurs éclectiques », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, I, p. 184-199.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Dons et legs de la baronne Nathaniel de Rothschild, 1885-1899 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, I, p. 200-214.

– Thiébaut, Dominique, « Le goût pour la Renaissance italienne, musée du Louvre, 1899 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, I, p. 215-225.

Ressources en ligne

— https://family.rothschildarchive.org/people/46-charlotte-de-rothschild-1825-1899

Le legs de la « petite galerie de tableaux italiens primitifs », destinée par Charlotte de Rothschild au musée du Louvre en 1899, est d'ores-et-déjà en ligne sur la base AGORHA. Il est aussi possible de consulter ici l'inventaire complet des bijoux donnés par Charlotte de Rothschild au musée des Arts décoratifs de Paris. Une partie des objets concernés par ce legs est enfin accessible sur la base de données du musée à cette adresse.

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