Coupe à emblema du trésor de Boscoreale

Au musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines

La coupe d’Afrique du trésor de Boscoreale © RMN / Hervé Lewandowski

La coupe d’Afrique du trésor de Boscoreale

Fin du Ier siècle avant J.-C. - première moitié du Ier siècle après J.-C
Argent partiellement doré
D. : 22,50 cm. ; H. : 6 cm
Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, Bj 1969
Don d'Edmond de Rothschild, 1895

La découverte d’un grand trésor de vaisselle d’argent en 1896 dans une villa romaine à Boscoreale, sur les pentes du Vésuve eut immédiatement un retentissement considérable, par l’ampleur de la trouvaille et la qualité des objets : plus d’une centaine de pièces, accompagnées de monnaie d’or et de bijoux. La coupe d’Afrique est sans aucun doute l’une des pièces emblématiques de cet ensemble exceptionnel offert dès 1895 au Louvre par le baron Edmond de Rothschild. La virtuosité de son exécution et le raffinement de son iconographie retiennent immédiatement l’attention : un buste féminin, en très fort relief, pratiquement en ronde bosse, présenté au fond d’une coupe, c’est là un mode de représentation spectaculaire, hérité de l’art hellénistique. La toreutique, mais aussi la sculpture, en fournissent en effet d’autres exemples. Mais cette jeune femme, aux formes épanouies, aux traits manifestement clairement individualisés, n’est pas seulement un bel objet, témoin de la maîtrise d’un orfèvre dont, à dire vrai, nous ignorons tout : le nom, bien sûr, mais aussi le lieu où il travaillait.

Tenant une corne d’abondance, et portant dans son giron des fruits de toutes sortes, c’est évidemment une image de la prospérité. Mais ce n’est pas une simple allégorie. C’est aussi une personnalité complexe ; le buste en effet est entouré de multiples attributs qui renvoient le spectateur aux dieux et aux héros de l’Olympe : l’arc de Diane, la lyre d’Apollon, les tenailles de Vulcain, la massue d’Hercule, le serpent d’Esculape, entre autres. Le sistre d’Isis renvoie aussi à l’Égypte, comme le cobra que la jeune femme tient dans sa main, tandis que la panthère qui l’affronte évoque Bacchus, en un mélange étonnant.

Le plus frappant est à coup sûr la dépouille d’une tête d’éléphant qui lui sert de coiffure, comme on le voit parfois aussi pour Alexandre. Ce buste spectaculaire renvoie par là à l’Afrique. Le dauphin caché discrètement sous le coude évoque la mer : peut-être sommes-nous non pas devant l’Afrique en général, mais devant la personnification d’Alexandrie, l’une des plus grandes villes de l’Antiquité. Cette figure cependant, minutieusement ciselée, a des traits réalistes qui en font sans doute un portrait : Jean Charbonneaux y avait reconnu la fille de la « grande » Cléopâtre, Cléopâtre Séléné (40 av. J.-C.-5 ap. J.-C.), l’épouse d’un autre africain, Juba II, un prince numide qui, élevé à Rome à la cour d’Auguste, fit de sa capitale Césarée, Cherchel en Algérie, un centre de culture hellénisante exceptionnel.

Allégorie de l’abondance, divinité aux attributs multiples, portrait d’une princesse raffinée : c’est tout cela qui fait le prix de cette pièce d’orfèvrerie hors pair, pleine de séduction et d’ambiguïté, tout à la fois image de la richesse d’une contrée ou d’une cité, et portrait, peut-être, d’une reine. La raison de sa présence dans le trésor de Boscoreale reste encore énigmatique.

François Baratte, professeur émérite, université Paris-Sorbonne

* Ce texte a été présenté lors de la table-ronde dédié au programme « Les collections Rothschild dans les collections publiques françaises » à l'occasion de la parution de l'ouvrage dirigé par Pauline Prevost-Marcilhacy (Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/Bibliothèque nationale de France /Somogy éditions d'art, 2016) et de la mise en ligne de ce site (Paris, l'Institut national d'histoire de l'art, 24 novembre, 2016). 

En savoir plus

Bibliographie

– Baratte, François, Le trésor d'orfèvrerie romaine de Boscoreale, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1986, p. 77-81, p. 90.

– Baratte, François, « Le trésor de Boscoreale : un ensemble exceptionnel de vaisselle d’argent romaine », dans P. Prevost-Marcilhacy, 2016, I, p. 70-81.      

Ressources en ligne

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/tresor-de-boscoreale-coupe-emblema

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/6043-l-argenterie-et-les-bijoux-d-or-du-tres/?n=9&lang=fr

Intervention de François Baratte

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