Portrait de Pierre Puvis de Chavannes d’après Auguste Rodin, par Victor Peter

Au musée Bonnat-Helleu de Bayonne

Portrait de Pierre Puvis de Chavannes d’après Rodin, par Victor Peter

Victor Peter
(Paris, 1840 – Paris, 1918)

Portrait de Pierre Puvis de Chavannes d’après Auguste Rodin

1894
Médaille uniface en bronze fondu
D. : 9 cm
Bayonne, musée Bonnat-Helleu, CM 566.16
Don Alphonse de Rothschild en 1903.

Ce médaillon fondu en bronze a été réalisé en 1894 en prévision de la célébration du 70e anniversaire de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898). Comme l’indique la signature posée dans le champ du médaillon, le portrait de profil à gauche a été conçu par Victor Peter d’après un buste d’Auguste Rodin.

Rappelons que de forts liens d’amitié ont lié Puvis de Chavannes et Rodin et qu’en 1889 ils ont fondé la Société nationale des Beaux-arts dissidente de la Société des Artistes français. À la commande du buste par l’administration des Beaux-arts en 1890, Puvis de Chavannes se met à l’entière disposition de son ami sculpteur, espérant voir ses traits captés dans la glaise avec la plus grande fidélité. Malgré plusieurs séances de pose, Rodin fait le choix de couper les épaules du modèle, de ne suggérer l’habit que par le haut de la redingote et de conserver l’aspect esquissé de l’œuvre en laissant visible le travail de modelage par adjonction de boulettes, des choix que Puvis va regretter. Lors du premier dévoilement du buste au public – au Salon de la SNBA de 1891 sous le n° 1364 – la critique l’accueille néanmoins avec éloge, en témoigne ce commentaire publié dans Le Progrès le 18 mai 1891 : « La tête est une merveille. Elle est renversée fièrement en arrière dans l’attitude de l’homme qui regarde les gens de face et qui a conscience de sa valeur. Les yeux brillent comme de l’acier, la bouche a quelque chose de hautain et de dédaigneux, bref ce buste est l’homme ». Destiné au musée d’Amiens, le buste est ensuite pérennisé dans le marbre. La toute première transposition est due à Victor Peter qui exécute la taille du marbre entre juillet 1891 et janvier 1892, étant donné qu’à cette époque il travaille comme praticien dans l’atelier de Rodin.

L’œuvre médaillistique de Victor Peter a tendance à nous faire oublier que sa carrière a été moins celle d’un médailleur que celle d’un sculpteur. Né en 1840, Peter rencontre vers 1865 Charles Gumery, sculpteur et médailleur, qui l’héberge et lui fournit du travail. En parallèle d’un début de carrière discret – sa première exposition au Salon datant de 1868 –, il devient collaborateur de plusieurs sculpteurs (Alexandre Falguière, Antonin Mercié, Paul Dubois), avant de devenir en 1886, praticien de Rodin et cela pour vingt-sept années. En outre, Peter possède une carrière artistique solitaire non négligeable. Il devient en 1901 professeur de pratique à l’École des Beaux-arts et son œuvre de médailleur reste remarquable par sa fertilité, se divisant en deux groupes : une production de médailles animalières et la constitution d’une véritable galerie de portraits de grands hommes, au premier rang desquels des artistes.

À six mois de la tenue du banquet en l’honneur de Puvis de Chavannes qui doit rassembler près de 600 amis et admirateurs du peintre à l’Hôtel continental le 16 janvier 1895, Victor Peter prend ainsi la plume pour écrire à l’initiateur

du projet qui n’est autre que Rodin : « Il m’est venu une idée de faire en plaquette le médaillon de Chavannes d’après votre buste. Si ma copie en était bonne on pourrait sur le revers mettre une date ou dédicace en souvenir de l’hommage

offert par tous » (lettre datée du 28 avril 1894 conservée dans les archives du musée Rodin). Ce cadeau a d’abord été pensé sous la forme d’une plaquette biface de 10 cm sur 9 dont un exemplaire est conservé à la BnF (FL.Peter.60). Cependant à partir de juin 1894, il n’est plus question que d’une médaille uniface d’un diamètre de 9 cm dont « la fonte en argent coûtera 12 francs, en plus du métal au poids, soit 10 francs environ » comme l’indique Peter qui conduit toutes les démarches en informant régulièrement Rodin. Sans jamais fournir de contre-indication, Rodin lui laisse la complète liberté dans le choix du fondeur, de la patine et de l’achat d’un écrin.

La remise de ce médaillon a profondément touché Puvis de Chavannes qui a remercié Rodin en ces termes : « Comment dire à M. Victor Peter à quel point il m’a ému pour le présent de cette médaille où je retrouve, avec son talent si personnel, le souvenir d’une œuvre de vous qui me touche à tant de titres ! » (lettre datée du 22 janvier 1895 qui a été publiée dans L’art Français, le 2 février 1895).

La médaille étant un art du multiple, des exemplaires similaires au présent offert à Puvis de Chavannes s’avèrent dispersés dans les collections françaises comme au musée d’Orsay (Medor 1100), à la BnF (FL.Peter.80) ou encore au musée des Beaux-arts de Rennes (inv. 897.7.4). La spécificité de l’œuvre du musée Bonnat-Helleu réside dans sa provenance. Ce médaillon appartient à un ensemble de 18 médailles et plaquettes données par le baron Alphonse de Rothschild en 1903 au musée Bonnat-Helleu de Bayonne. Elles sont toutes unifaces, en bronze fondu dont la qualité signe sans aucun doute la collaboration du fondeur Antonin Liard. Ce fonds composé de six plaquettes animalières, trois compositions historiées et neuf portraits, auparavant monté dans un cadre, permet de présenter un ensemble médaillistique homogène dévoilant l’amplitude du talent de Victor Peter.

Katia Schaal, Institut national d'histoire de l'art, chargée d'études et de la recherche

En savoir plus

Bibliographie

– Guillot, Jacqueline, Victor Peter, sculpteur, 1840-1918, Université Paris IV Sorbonne, UER Art et Archéologie, thèse de doctorat en histoire de l’art contemporain, sous la dir. de Bruno Foucart, 1996, notices n° 66 et 67.

– Chevillot, Catherine, Papet, Édouard, Au creux de la main : la médaille en France aux XIXe et XXe siècles, Paris : Skira-Flammarion ; Musée d’Orsay, 2012 (illustration du médaillon p. 115, n° 107).

– Claudie, Jurdin et Pinet, Hélène (dir.), Rodin en 1900 : l’exposition de l’Alma, cat. de l'exposition (Paris, musée du Luxembourg), Paris, musée du Luxembourg, RMN, 2001, p. 172, cat. 60 (pour le buste de Pierre Puvis de Chavannes).

Ressources en ligne

Consulter la notice de cet œuvre dans la base Joconde.

Les notices de toutes les œuvres données par la famille Rothschild et conservées au musée Bonnat-Helleu - musée des Beaux-Arts de Bayonne sont consultables dans la base Joconde