La danse par Gabriel Deluc

Au musée Bonnat-Helleu de Bayonne

Gabriel Deluc, La Danse dans le bois sacré, © Bayonne, musée Bonnat-Helleu / cliché : A. Vaquero

Gabriel Deluc
Saint-Jean-de-Luz, 1883 - Souain-Perthes-lès-Hurlus, 1916

La Danse dans le bois sacré (La Danse)

Huile sur toile
H. : 192 cm ; L. : 250 cm
Signé, en bas à gauche : Gabriel Deluc
1910
Bayonne, musée Bonnat-Helleu, inv. CM 70
Don d'Edmond de Rothschild, 1915

Une Danse inspirée

Les toiles les plus importantes du peintre luzien Gabriel Deluc sont intimement liées à la musique et à la danse, et cinq œuvres au moins, dont Le Lac (Bayonne, musée Bonnat-Helleu) ou Jeunesse (1913, Paris, musée d’Orsay), sont inspirées par Daphnis et Chloé, le ballet que Maurice Ravel présente au Théâtre du Châtelet pour la saison des Ballets russes en juin 1912.

En 1910, Gabriel Deluc a déjà exposé au Salon des Artistes français, sous le numéro 614, une ambitieuse composition, La Danse dans le bois sacré (1910, dit aussi La Danse, huile sur toile, 192 x 250 cm, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, inv. CM 70), dont le lyrisme ne tarde pas à séduire le baron Edmond de Rothschild. Ce dernier s’en porte immédiatement acquéreur, puis en fait don à la Ville de Bayonne pour enrichir ses collections dès 1915.

Dans un paysage aux harmonies douces, une jeune femme drapée de blanc danse, serpentine, face à ses compagnes alanguies. Au son de la flûte d’une musicienne assise au premier plan, elle déploie derrière elle un long voile à la manière d’Isadora Duncan ou d’une chorégraphie de Loïe Fuller (1862-1928), muse de l’Art nouveau et des symbolistes. C’est sans doute à ces derniers que rend hommage l’artiste, au maître Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) et surtout aux œuvres d’Henri Martin (1860-1943), Les Poètes au Bois sacré (ou Les Poètes du Gay Savoir), décor réalisé pour le Capitole de Toulouse en 1893, et Sérénité, Le Bois sacré (1899, Paris, musée d’Orsay).

Gabriel Deluc est alors un talent prometteur. Élève de Philippe Jolyet à l’École de dessin et de peinture de Bayonne, où il a remporté des prix dans toutes les catégories (dessin d’après la bosse, dessin d’après nature, peinture), il rejoint dès 1900, à peine âgé de 17 ans, l’atelier parisien de Léon Bonnat (1833-1922). Trois ans plus tard, au printemps 1906, il obtient une mention honorable au Salon des Artistes français pour Intimité (Bayonne, musée Bonnat-Helleu, inv. CM 179), présentant une soirée musicale autour d’un piano dans un intérieur, un tableau qui est également distingué par le Prix de l’État, puis acquis par la ville de Bayonne pour les collections municipales.

Ses qualités de portraitiste lui valent rapidement des commandes et des récompenses puis une exposition remarquée à la galerie Devambez à Paris en 1913. Le jeune peintre semble promis à une brillante carrière, brutalement interrompue par la Première Guerre mondiale. Fauché en pleine jeunesse, Deluc meurt au combat le 15 septembre 1916 à Souain-Perthes-lès-Hurlus dans la Somme.

En 1916, rendant hommage à son ami disparu, Maurice Ravel, qui possédait d’ailleurs un tableau de l’artiste, sans doute une représentation de Daphnis et Chloé (1912, huile sur toile, Montfort-l'Amaury, Le Belvédère, maison-musée Maurice Ravel) dédicace au lieutenant Gabriel Deluc la Forlane, troisième pièce de sa suite pour piano, Le Tombeau de Couperin.

Sophie Harent, Conservateur en chef, Directeur du musée Bonnat-Helleu, musée des beaux-arts de Bayonne

Gabriel Deluc, Le Lac, huile sur toile, 1912, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, inv. CM 220 © Bayonne, musée Bonnat-Helleu / cliché : A. Vaquero

En savoir plus

Bibliographie

– Henri, Jean-Pierre, « Gabriel Deluc, peintre et soldat », Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, n°130, 1974, p. 209-226.

– Rousseau-Plotto, Étienne, Ravel. Portraits basques, Biarritz, Atlantica, 2016 (2e édition revue, corrigée et augmentée), p. 144 (repr. coul. p. 145).