Adèle de Rothschild Adèle Hannah Charlotte de Rothschild, baronne Salomon de Rothschild

Francfort-sur-le-Main, 1843 - Paris, 1922

Charles Escot, Portrait d'Adèle Hannah Charlotte de Rothschild, baronne Salomon de Rothschild, 1867 ou 1868, pastel, Gaillac, musée des Beaux-Arts, inv. 2011 1.

Élevée à Francfort-sur-le-Main et veuve fort jeune, en 1864, de son cousin Salomon de Rothschild, Adèle réunit durant sa vie une importante collection d'œuvres d'art et de livres dont elle avait en partie hérité de son père Mayer Carl de Rothschild, de son époux, ainsi que de son beau-père James Mayer de Rothschild (1792-1868).

Après la mort de Salomon et une dizaine d'années de semi-retraite, elle fait construire à Paris l'hôtel de la rue Berryer (aujourd'hui Fondation des Artistes), là où se trouvait ce qui restait de la Folie Beaujon (en 1882, la baronne Salomon de Rothschild agrandira son jardin en faisant détruire la maison de Balzac, ne conservant que les colonnes de la chapelle Beaujon). Les réalisations de l'architecte Léon Ohnet et de son élève Justin Ponsard créent un lien entre le cadre et l’objet collectionné. Selon Pauline Prevost-Marcilhacy (2016) « Il s’agit ici d’un triple mémorial dédié à la fois à Balzac (dans la rotonde Beaujon sont conservés plusieurs souvenirs de l’écrivain), à son père Mayer Carl (dont elle installe au premier étage les collections d’orfèvrerie, en 1895) et à son époux. Le cabinet de curiosités, isolé du reste de la demeure, que la baronne Salomon a voulu garder intact au moment de son legs en 1922, joue le rôle d’un sanctuaire au sein de cet ensemble ». Un album de quarante planches photographiques, commandé pour l'inauguration en 1878 au photographe Gary, témoigne de l’architecture et de la décoration de cet hôtel. Ces photographies ont été données au musée Carnavalet en 1891 en même temps que la porte en marqueterie de la chambre de l’hôtel de Balzac (déposée à la maison de Balzac dans le 16e arrondissement de Paris).

En ce qui concerne les collections d'Adèle, ses dépenses paraissent très limitées en regard de celles de son époux à en juger par ses livres de comptes (Prevost-Marcilhacy, 2016). La décoration de l'hôtel s'inspire de celle du château de Ferrières, notamment dans le hall central, et de l’engouement pour le XVIIIe siècle qui avait été remis au goût du jour par l'impératrice Eugénie en 1860 au palais des Tuileries. Si à cette date ce genre de décoration est désormais considéré comme dépassé, il était toutefois en accord avec le goût de son époux. C'est alors dans les pièces les plus intimes qu'Adèle révèle un goût plus personnel comme dans le cabinet de toilette traité dans un style japonisant, mais aussi dans le pavillon oriental du jardin ou dans un « oratoire de style arabe conçu pour les cérémonies de cultes ». Tous ces espaces, désormais disparus, adhéraient à la nouvelle mode orientaliste, à son apogée au moment de l'Exposition universelle de 1878.

Attachée au développement du musée des Arts décoratifs, Adèle figure parmi les plus importants prêteurs de la première exposition rétrospective de l’Union centrale des arts décoratifs en 1865 et de celle de 1869 (Prevost-Marcilhacy, 2016). À sa mort, en 1922, elle lègue une sélection de sa collection au musée du Louvre, ainsi que près d'un millier de volumes imprimés, dessins, gravures, photographies et manuscrits à la Bibliothèque nationale de France. Elle confie également une partie de ses œuvres d'art au musée de Cluny (certaines se trouvent désormais à Écouen) et au musée des Arts décoratifs de Paris. Son hôtel est enfin légué à l’État, avec son parc et ses dépendances, afin qu'il y soit créé « par les soins de l'administration des Beaux-Arts une maison d'art qui s'appellera Fondation Salomon de Rothschild ». Parmi les œuvres qui sont encore aujourd'hui conservées à la Fondation des Artistes, nous signalons le Lion étreignant un crocodile par Eugène Delacroix et l'Orpheline alsacienne par Auguste Rodin.

Laura de Fuccia, Chef de projet, Institut national d'histoire de l'art

 En savoir plus

Bibliographie

– Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), « Salomon de Rothschild, 1835-1864, et Adèle de Rothschild, 1843-1922 », dans Prevost-Marcilhacy, Pauline (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, 3 vol., Paris, éditions du Louvre/BNF/Somogy, II, 2016 et notamment, dans cette section du volume :

– Avril, François, « Manuscrits, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 148-163.

– Aubenas, Sylvie, « Album de photographies, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 176-179.

– Avisseau-Broustet, Mathilde, Hollard, Dominique et Julien Olivier, « Monnaies, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 180-183.

– Barde, Françoise et Dectot, Xavier, « Arts du feu de la Renaissance, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p 70-101.

– Bascou, Marc, «Armes occidentales, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 102-107.

– Bascou, Marc, « Ivoires et bronzes, 1922  », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 64-69.

– Bascou, Marc, « Montres et écailles piquées, 1922 » dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 142-143.

– Bimbenet-Privat, Michèle et Kugel, Alexis « Un ensemble exceptionnel d'orfèvrerie et de bijoux, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 20-31.

– Dassas, Frédéric, « Tabatières du XVIIIe siècle, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 134-141.

– Fellinger, Gwenaëlle, « Objets d'art islamique, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 108-115.

– Forray-Carlier, Anne « Meubles et tapisseries du XVIIIe siècle, 1922 », dans P.  Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 144-147.

- Guilleminot-Chrétien, Geneviève,« Livres et estampes, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 164-175.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Peintures, dessins et sculptures, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 20-31.

– Prevost-Marcilhacy, Pauline, « Salomon (1835-1864) et Adèle de Rothschild (1843-1922) », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II,  p. 8-19.

– Rochebrune, Marie-Laure de, « Porcelaines du XVIIIe siècle », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 116-135.

 – Quette, Béatrice, « Objets d'art d'Extrême-Orient, 1922 », dans P. Prevost-Marcilhacy (dir.), 2016, II, p. 148-157.

Ressources en ligne

– Pour la biographie d'Adèle Hannah Charlotte en anglais, suivre ce lien.

– L'inventaire de l'ensemble des objets conservés dans la salle des Curiosités de la baronne Adèle de Rothschild et mentionnés dans son inventaire après décès en 1922 est désormais en ligne sur ce portail (pour le consulter suivre ce lien). 

– Consulter et télécharger l'Inventaire des porcelaines de la manufacture de Vincennes-Sèvres de la baronne Salomon de Rothschild (Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art) par Marie-Laure de Rochebrune (dernière mise à jour : septembre 2021).

– Consulter et télécharger l' Inventaire du legs des livres de la baronne adèle de Rothschild à la bibliothèque nationale de France (avril 1922), par Geneviève Guilleminot (mise en ligne : octobre 2021)

– Consulter et télécharger l’Inventaire de la donation d'objets d'art islamique de la baronne Salomon de Rothschild (1922), par Gwenaelle Fellinger [Paris, 2009] (mise en ligne : octobre 2021)

– Pour en savoir plus sur la salle des Curiosités de l'Hôtel Salomon de Rothschild, suivre ce lien.

– Pour la reconstitution en 2D de cette salle, voir cette page.

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