Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (autrefois Fondation Salomon de Rothschild)

La baronne Adèle Hannah Charlotte de Rothschild, jeune veuve du baron Salomon James de Rothschild fait édifier un hôtel particulier, entre 1873 et 1882, au croisement de l'avenue de Friedland, des rues Berryer et Balzac, dans le quartier dit du « Faubourg du Roule », à l'ouest du 8e arrondissement. De style néo-classique, dans le goût de l'architecture de la fin du XVIIIe siècle, il est dessiné par Léon Ohnet et son élève Justin Ponsard ; le peintre Léopold Moulignon en assure la décoration intérieure.

Composé d'un bâtiment central de quatre niveaux et d'un retour en aile, entre cour et jardins, il comprend de somptueux salons, un escalier d'honneur, une belle galerie qui surplombe le hall d’entrée, les vestiges de la chapelle Saint-Nicolas, une salle à manger en boiserie et tapisseries. Dans le jardin situé du côté de la façade de l’hôtel particulier, la baronne édifie une rotonde en souvenir de Balzac à l’emplacement de la maison où est décédé l’écrivain.

L’hôtel particulier dispose également d’un singulier cabinet de curiosités.

Lorsque la baronne décide dans son testament du 8 mars 1908 de léguer ce bâtiment, ses dépendances et ses collections à l’État français - ce legs sera effectif, à sa mort, en 1922, elle souhaite que le cabinet de curiosités de l’hôtel Salomon de Rothschild reste un espace préservé.

 « L’Etat devra conserver dans son état actuel la salle des curiosités et son contenu situés sur le côté de la cour et ayant des vitraux anciens en couleurs… ».

Extrait du testament et codicilles de la baronne de Rothschild, 11 mars 1922. 

Les salons de réception, après la disparition de la propriétaire, sont successivement exploités par la Bibliothèque d'art et d'archéologie léguée à l’État par le couturier Jacques Doucet de 1923 à 1935, le Cabinet des estampes de la bibliothèque nationale de France de 1925 à 1945, les espaces d'exposition du Centre national d'art contemporain/CNAC – avant l'ouverture du Centre Pompidou en 1977, l'Hôtel des Arts en 1994 et 1995, puis ceux du Centre national de la Photographie/CNP, avant l'ouverture du Jeu de Paume, de 1995 à  2004. L’ensemble du site sera classé monument historique en 2005 avant une ambitieuse campagne de rénovation qui permet, désormais leur exploitation en bureaux et en espaces de réception pour des manifestations de prestige.

Le cabinet de curiosités de l’hôtel Salomon de Rothschild

Singulier par ses vitraux, riche de collections de jade et d'objets décoratifs ou de curiosité d'Extrême-Orient, de mobilier, de tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles et d’une collection exceptionnelle d'armes, il s’agit aujourd’hui du dernier exemple de cabinet des demeures Rothschild conservé dans un état très proche de l’état d’origine ; il forme un concentré de l’hôtel particulier du vivant de la baronne.

Loin des « wunderkammer » du XVIe siècle, ce cabinet de curiosités est plus près des pièces en vogue au XIXe siècle et des grands traits de l’architecture, développés dans la plupart des hôtels construits par la famille Rothschild à travers toute l’Europe, à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Comme dans d’autres demeures de l’illustre famille - rue Laffitte dans l’hôtel de James de Rothschild, à Waddesdon en Angleterre dans le manoir de Ferdinand ou à Paris encore, rue Monceau dans l’hôtel d’Adolphe - le cabinet de curiosités de l’hôtel de la rue Berryer est une pièce à la fois isolée dans la demeure mais accessible par les familiers de la maison comme par les visiteurs extérieurs qui, comme cela se pratiquait à l’époque, pouvaient accéder à ce petit musée personnel, sans troubler la vie de la maison.

Ouvert sur les principales circulations de l’hôtel particulier, il est néanmoins préservé par un couloir qui le ceint sur trois côtés et qui lui donne l’aspect d’un Saint des saints, d’une pièce gigogne, d’une boite dans la boite. Il est souvent désigné sur les plans comme « fumoir » ou comme « bureau du baron » (bien qu’il soit décédé avant la construction du bâtiment). De cette conception, résulte le curieux agencement de l’éclairage par trois fenêtres dans lesquelles ont été intégrés des morceaux de vitraux religieux ou profanes, originaires de Suisse notamment de la ville de Fribourg. Une seule de ces fenêtres, la fenêtre centrale, prend le jour direct de la cour d’honneur. Les deux autres, placées de biais, donnent sur le couloir de ceinture du cabinet et ne sont éclairées qu’en double jour par deux fenêtres donnant sur la cour d’honneur.

Le cabinet constitue un écrin feutré, aux couleurs de la famille, le bleu et le rouge : bleu des cuirs de Cordoue qui le tapissent, bleu turquin du marbre de la grande cheminée Louis XVI ; rouge des velours des tentures. La moquette d’origine est rouge bordée d’une large bande bleue. Au plafond est tendue une chancellerie aux armes de France (bleu) et de Navarre (rouge). On retrouve aussi dans les pièces de porcelaine qui l’ornent cette délicate harmonie comme dans les deux services de table en fonction alors dans l’hôtel dont certaines pièces sont présentées dans le cabinet.

L’aspect de la pièce reste très fortement influencé par le style Napoléon III et les collections sont proches de celles réunies quelques années avant la construction de l’Hôtel par le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts de Napoléon III : panoplies d’armes, pièces d’orfèvrerie allemande du XVIe siècle, céramiques italiennes et espagnoles, antiquités orientales, jades, vitraux anciens, ivoires et verreries mêlés à des pièces raffinées de porcelaine de Sèvres. On y trouve enfin des « faux prestigieux » reproduisant ou imaginant des majoliques dans le goût des Della Robbia, des armes de parade ou des pièces de maîtrise. Fabriqués pour les Rothschild, souvent en exemplaire unique, ce sont de véritables artificialia qui accentuent la théâtralité du cabinet et lui confèrent toute son étrangeté.

Le mobilier du cabinet est un mobilier d’origine conçu pour la pièce et composé de trois vitrines et de deux consoles placées sous les vitraux latéraux. La table néo-Renaissance est également d’origine. En revanche, les sièges marquetés dans le goût oriental ont été dispersés.

Il faut signaler que les pièces qui étaient présentées à l’origine dans cette pièce étaient essentiellement des pièces de céramique européenne ou orientale. Lors de la restauration du cabinet par la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques en 2001, dans la mesure où une partie des pièces d’origine ont été mises en dépôt dans des collections nationales (Louvre, Cluny, Sèvres…) où l’on peut les y admirer, des objets provenant d’autres pièces de l’hôtel particulier ont pris place dans le cabinet. Le contenu de la grande vitrine, la plus grande partie du décor de la cheminée, la majorité des panoplies d’armes et une partie des collections de jade ou d’objets d’art oriental ou islamique sont, en revanche, des pièces qui constituaient le décor original du cabinet.

La restitution virtuelle de ce cabinet extraordinaire par l’Institut national d’histoire de l’art (qui sera en ligne en décembre 2016) est une opportunité sans égale pour retrouver l’esprit des Rothschild, leur goût et la richesse des ensembles qu’ils ont constitués. C’est aussi une élégante manière de rendre hommage à leur incroyable générosité à l’endroit de l’État français.

La Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques, depuis sa création en 1976, a notamment pour mission d’administrer ce legs historique, au service de la création artistique et dans l’esprit généreux de la baronne.

Gérard Alaux, Directeur de la FNAGP de 2002 à 2016.

Laurence Maynier, Directrice depuis 2016.

En savoir plus

Ressources en ligne

– Victor Champier, « L’habitation moderne. Hôtel de Madame Salomon
de Rothschild », Revue des arts décoratifs, t. II, 1891-1892, p. 65-75.

Adresse

11, rue Berryer
75008 PARIS  

Site internet de l'établissement

http://www.fnagp.fr/

Sélection d'œuvres